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Books (Synthesis Book) Year : 2018

La voix manquante

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Abstract

"Quelque chose est en cours. Je sens bien qu’on prend le train en marche, que les trois qui sont là ont dû se parler avant qu’on ne commence à les entendre. Marceline s’affiche en brune dans le noir et blanc. Dans quelques secondes, elle va entrer en cinéma, s’avancer de son corps, de sa voix, vers la mise en scène d’une effraction de l’histoire. Ses bras nus portent un message à peine visible : un matricule bouleversant, qui fait intrigue pour ceux qui la filment en ce 16 mai 1960." La Voix manquante retrace l’apparition fugitive et inoubliable de Marceline Loridan dans Chronique d’un été – une enquête mi-sérieuse mi-facétieuse de Jean Rouch et Edgar Morin (comment, en 1960, se débrouille-t-on avec la vie ?). Dans ce film de « cinéma-vérité », les souvenirs poignants de la déportation de « Marceline » sont stylisés. Magistralement. Brièvement. Par ciné-transe. La Voix manquante raconte les coulisses de ces images. Et fait aussi l’histoire de la fabrique d’un personnage qui n’eut pas les « quinze ans de tout le monde ». Une histoire par l’écoute. Un décryptage des signaux lancés à la surface de l’écran et depuis des bandes magnétiques oubliées. Une vingtaine d’heures furent enregistrées. Elles bruissent du quotidien partagé, rêvé, bataillé par l’équipe de cinéma pendant trois saisons. Reste, dans le film « fini », la chronique du seul été. Les formes de cette disparition – réinvention du temps – ont intrigué Frédérique Berthet. Elle a voulu retrouver le direct de la prise, des tâtonnements, des désirs, des coups de gueule, des ajustements. A entendu des voix vivre et grandir sur magnétophone. L’auteur a choisi un des vingts débuts possibles (le film réunit une vingtaine de participants) : celui du sillon sonore tracé par « Marceline », une jeune femme s’avançant mine de rien vers l’avenir. A tant se rapprocher du film, Frédérique Berthet a fini par traverser les supports. Et les années aussi. Jusqu’à ouvrir le livre au présent de son écriture. Elle a cherché, dans des paysages désormais presque anodins, les traces fantomatiques du trajet de la déportée, d’une petite fille en Petit Poucet. Elle a repéré d’où venaient les cailloux déposés – ces phrases suspendues, cette histoire ramassée en si peu de mots – dans le décor de Chronique d’un été. Frédérique Berthet a écrit d’entre les lignes, les coupes, depuis le manque. Elle a été attentive aux premières émissions de la voix de « Marceline » pour ravauder, et pour nous tous, ce qui a été déchiré intimement par l’histoire. Le livre comporte deux parties : « Premier temps. lieux Pliés (décors) » et « second temps. lieux dépliés (sites) », le second temps comprend une cinquantaine de photographies inédites de Rémy Dal Molin sur les lieux de l'enquête (2014-2015) . On passe de l’une à l’autre partie par une « traversée ». En suivant la première empreinte vocale de « Marceline », j’ai voulu ouvrir - du passé au futur d’un film - à une réflexion sur le rapport sensible aux lieux comme ressources de subjectivation politique, historique et artistique. La Voix manquante a reçu le Prix du Livre du cinéma du CNC en 2018
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Dates and versions

hal-03907751 , version 1 (20-12-2022)

Identifiers

  • HAL Id : hal-03907751 , version 1

Cite

Frédérique Berthet. La voix manquante. POL, 2018, Trafic, 978-2-8180-4321-9. ⟨hal-03907751⟩
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