L’expérience de la grâce entre langage et silence intérieurs : théologie, neurosciences et littérature (p. 621-633) - Archive ouverte HAL Access content directly
Journal Articles Rivista di storia e letteratura religiosa Year : 2019

L’expérience de la grâce entre langage et silence intérieurs : théologie, neurosciences et littérature (p. 621-633)

(1)
1

Abstract

Is there a spiritual inner speech? How is it structured? Jill Bolte Taylor, a famous neurobiologist, had a stroke which produced global aphasia in 1996. She finally recovered and published her story during the eight years of recovery. When inner speech disappeared, she experienced a state of grace, which she describes in the same ways as Bossuet and Fénelon describe encounters with God in the silence of inner speech, during the 17th century. However, literary representations of spiritual inner speech, during the 20th century, come in many stylistic forms, from short sentences to long sentences or no sentences at all. The trend towards minimalism and simplicity is dominant. The Vygotski-Egger hypothesis of a condensed inner speech is not realistic for ordinary inner speech, but it seems to be relevant for spiritual inner speech.
Le 10 décembre 1996, une célèbre neurobiologiste, Jill Bolte Taylor, fait un AVC, qui se traduit par une hémorragie interne massive dans son hémisphère gauche, à la suite d’une malformation congénitale. Elle expérimente une aphasie totale, du langage extériorisé et du langage intérieur: elle ne peut ni parler ni lire ni comprendre autrui. Elle perd une partie de ses capacités motrices et sensorielles. Le monde autour d’elle devient un ensemble profus de sensations qui ne se reconfigurent pas en un tout faisant sens. Elle a miraculeusement récupéré et a pu ensuite témoigner de cette expérience extraordinaire, au sens étymologique. Dans un récit à la première personne, publié en 2008, intitulé My stroke of insight en anglais et traduit par Voyage au-delà de mon cerveau en français, Jill Bolte Taylor utilise des techniques de remémoration pour revivre son aphasie. Elle évoque également les premières étapes des huit années pendant lesquelles elle a lutté pour recouvrer une partie de ses fonctions neuronales — volontairement pas toutes — grâce à l’aide précieuse de sa mère et ses propres connaissances neuro-anatomiques. De façon assez inattendue pour le lecteur, Jill Bolte Taylor élabore une représentation plutôt négative de la parole intérieure et raconte son expérience d’une forme de grâce, à la suite de ce silence de l’hémisphère gauche et de la sollicitation exclusive de l’hémisphère droit pour un certain nombre d’activités cognitives. La convergence entre son témoignage et l’analyse de certains théologiens du xviie siècle, cités par Victor Egger en 1881, dans le premier essai français consacré à La Parole intérieure, est de prime abord surprenante. Les termes ne sont évidemment pas les mêmes: l’arrière-plan théorique de Jill Bolte Taylor est la neurobiologie tandis que celui de Fénelon et Bossuet est théologal et philosophique. La perspective de Jill Bolte Taylor relève plutôt de la spiritualité laïque, celle de Fénelon et Bossuet de la religion chrétienne. Pour autant, les trois auteurs évoquent la même nécessité de faire taire la parole intérieure pour accéder à la grâce. L’expérience de la grâce implique-t-elle nécessairement le silence ? Qu’en est-il de l’extase mystique? Au-delà de la représentation et de la définition de la grâce, qu’est-ce qu’une parole intérieure spirituelle? Qu’est-ce qu’une parole intérieure mystique ? Pour esquisser quelques pistes de réponses à ces différentes questions, je propose un parcours qui va de l’imaginaire de la grâce entre théologie et neurosciences aux représentations littéraires. Si la grâce se situe plutôt du côté d’un style simple, voire du silence intérieur, les représentations littéraires d’une possible endophasie spirituelle empruntent aux trois patrons stylistiques et oscillent ainsi entre phrases courtes, phrases longues et absence de phrases.
Not file

Dates and versions

hal-03740887 , version 1 (30-07-2022)

Identifiers

  • HAL Id : hal-03740887 , version 1

Cite

Stéphanie Smadja. L’expérience de la grâce entre langage et silence intérieurs : théologie, neurosciences et littérature (p. 621-633). Rivista di storia e letteratura religiosa, 2019, Parole intérieure et spiritualité, 3. ⟨hal-03740887⟩
4 View
0 Download

Share

Gmail Facebook Twitter LinkedIn More