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« Le style simple dans les années 1920 : le mode majeur de la prose française »

Abstract : Selon Thibaudet, « un grand écrivain ne pense pas simple et ne voit pas simple, mais il peut être amené à écrire simple, parce que le style est une interprétation libre en vue d’un effet à produire, et d’un résultat à obtenir, et que cet effet, ce résultat, peuvent consister à mettre dans la conclusion la simplicité qui n’était pas dans les prémisses. Écrire simple (je ne dis pas écrire simplement) c’est procéder par expressions discontinues, la liaison étant faite par l’ordre et le mouvement. » L’imaginaire du style simple dans les années 1920 est tissé de fils variés, entre tradition, institution et innovation. Le style simple rappelle certes de grandes traditions de la prose française oratoire, et il a été associé dans les manuels de rhétorique du xixe siècle au récit. De plus, il renvoie à ce rêve de clarté, de limpidité et de transparence qui hante l’imaginaire de la langue française. Le style simple et la langue elle-même tendent à se définir de la même façon. Le lien institutionnel est si fort que pour apprendre à écrire, il vaut mieux « écrire simple », pour reprendre, dans un autre contexte, l’expression de Thibaudet. Si Proust offre l’exemple d’un chef-d’œuvre, reconnu comme tel dans les années 1920, en style complexe, c’est plus souvent la tendance au style simple qui apparaît au premier plan. Parallèlement à l’idée d’une poésie pure, le rêve d’une « prose pure » est récurrent et prend la forme d’un idéal de simplicité lié à une tradition estimée typiquement française. Le style simple correspond ainsi à l’une des deux grandes tendances en prose littéraire française mais son statut reste ambivalent, dans un imaginaire de la littérature comme de la langue française. De plus, il s’apparente très fortement à la définition de la langue française elle-même depuis au moins le siècle classique : clair, limpide. Les mêmes adjectifs sont employés pour désigner l’un et l’autre. Le style simple est donc fortement assimilé à un ancrage tout à fait traditionnel, pour des raisons à la fois historiques et institutionnelles. Pour autant, dans les années 1920, toute une frange de la « nouvelle prose française » se réclame d’une quête de dépouillement et de simplicité, d’une forme d’épure qui se combine souvent avec le mouvement d’ouverture à la langue parlée de façon originale. Si l’on se situe dans la perspective d’une modernité stylistique, les conséquences sont doubles, et elles aussi ambivalentes.
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https://hal-univ-paris.archives-ouvertes.fr/hal-03740875
Contributor : Stéphanie Smadja Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Saturday, July 30, 2022 - 2:47:49 PM
Last modification on : Wednesday, August 3, 2022 - 3:49:50 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03740875, version 1

Citation

Stéphanie Smadja. « Le style simple dans les années 1920 : le mode majeur de la prose française ». COnTEXTES. Revue de sociologie de la littérature , Groupe de contact F.N.R.S. COnTEXTES, 2016, Sociologie du style littéraire. ⟨hal-03740875⟩

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