Skip to Main content Skip to Navigation
Books

Cent ans de prose française 1850-1950 : Invention et évolution d’une catégorie esthétique

Résumé : De l’invention de la catégorie esthétique de la prose (Flaubert, Baudelaire) à la remise en question du littéraire (Paulhan, Sartre), les cent années de 1850 à 1950 sont exceptionnelles par l’enrichissement de l’imaginaire de la prose française et la multiplication des expérimentations langagières. Au croisement de l'histoire littéraire, de l'esthétique littéraire, de la stylistique et de la linguistique, cet essai propose une histoire de la catégorie esthétique de la prose littéraire, ses multiples définitions et représentations, l'évolution de ses principales tendances stylistiques. Au début du xixe siècle, la catégorie esthétique de la prose littéraire n’existe pas et émerge conjointement dans un imaginaire de la création, véhiculé par les paratextes, les correspondances et les articles critiques, et à travers la réalité d’écritures animées par une quête de la beauté formelle : la prose littéraire est un objet imaginaire, autant, si ce n’est plus, qu’un objet réel. Son apparition provoque un double déplacement des limites de la littérarité ; devenue l’égale de la poésie, la prose entre dans un univers littéraire qui vient lui-même de se former. De surcroît, elle ménage un espace pour des représentations plus larges, ce qui apparaît à la fois comme un signe de modernité et une source potentielle de dévalorisation. La catégorie esthétique de la prose littéraire s’invente dans la deuxième moitié du xixe siècle, à travers deux imaginaires et deux pratiques d’écriture : Flaubert et Baudelaire. Son apparition coïncide avec l’accès du champ littéraire à l’autonomie. Lorsque la littérature s’écarte à la fois de la rhétorique et de la langue commune, à partir de 1850, elle accède à une forme d’autonomie et se redéfinit à partir du primat de l’esthétique. Si la poésie règne sans partage jusque-là, la prose grâce à Flaubert et Baudelaire, fait une entrée remarquée dans une littérature en pleine redéfinition (les deux phénomènes sont éminemment liés). Le style joue un rôle majeur dans ce bouleversement des hiérarchies esthétiques et des frontières génériques. Progressivement, cette nouvelle catégorie esthétique s’incorpore à l’imaginaire littéraire, tant du côté des écrivains que des critiques. La correspondance de Flaubert est le livre de chevet de générations d’écrivains et le poème en prose est rapidement considéré comme un genre à part entière. Les années 1920, si préoccupées de questions esthétiques, représentent un bon point de repère de cette évolution : la prose est non seulement entrée en littérature mais elle devient même le lieu privilégié de l’innovation stylistique et des débats sur le style (voir la querelle sur le style de Flaubert par exemple). Cependant, les critiques contre la « littérature » et le « style » se multiplient. En 1941 et en 1948, Paulhan et Sartre réfutent cette nouvelle définition de la littérature, héritée de la deuxième moitié du xixe siècle, et déplorent une autonomisation de la langue littéraire qui a également abouti à sa marginalisation. Le premier revendique fortement un retour à la rhétorique, c’est-à-dire en réalité à une forme de langue commune. Après une séparation radicale entre prose littéraire et langage ordinaire, les écrivains entendent explorer des espaces communs du langage, en particulier une incarnation centrée sur la voix parlée et le souffle, en un mot sur le corps. Notons qu’il ne s’agit pas là d’une histoire purement linéaire : les différents fils se juxtaposent parfois et s’entrelacent. Par exemple, l’ouverture à la voix parlée, en prose comme en poésie, commence bien avant le début du xxe siècle. Cependant, de grandes tendances se dessinent. La prose ressort enrichie de ces cent ans : sa définition et ses usages ont changé. Ma réflexion sur l’histoire de la prose combine plusieurs méthodologies et outils disciplinaires, histoire des langages littéraires, histoire des tendances stylistiques, théorie et esthétique littéraires, sociologie littéraire et stylistique mais aussi bien sûr stylistique et linguistique françaises. L’exploration d’un imaginaire de la création et de l’évolution des pratiques d’écriture s’articule ainsi autour de l’analyse des mécanismes et rouages institutionnels qui régissent le champ de la prose en France, situé au cœur du livre (chapitres quatre et cinq). Ces deux chapitres, qui relèvent d’une sociologie de la littérature et du style, permettent d’établir le cadre dans lequel s’enracinent l’invention de cette nouvelle catégorie esthétique au xixe siècle, son évolution et son renouvellement dans la première moitié du xxe siècle. Le chapitre un est transgénérique. Les chapitres deux, cinq et six, centrés sur la prose narrative, dessinent au fil des pages une évolution chronologique (avec des analyses de la prose d’idées dans le chapitre six), tandis que les chapitres trois et sept envisagent tous deux ces cent années de prose française dans le domaine du poème en prose, à partir de deux angles différents, l’imaginaire d’abord, les pratiques d’écriture ensuite. Le chapitre huit clôt ce triple parcours (roman, poésie, essai) par la remise en question de l’autonomie de la langue littéraire et de la séparation avec la langue commune.
Complete list of metadata

https://hal-univ-paris.archives-ouvertes.fr/hal-03740544
Contributor : Stéphanie Smadja Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, July 29, 2022 - 3:39:00 PM
Last modification on : Tuesday, August 2, 2022 - 4:20:10 AM

Identifiers

Citation

Stéphanie Smadja. Cent ans de prose française 1850-1950 : Invention et évolution d’une catégorie esthétique. Classiques Garnier, 2018, Collection "Investigations stylistiques", 978-2-406-07975-0. ⟨10.15122/isbn.978-2-406-07977-4⟩. ⟨hal-03740544⟩

Share

Metrics

Record views

0