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Conference papers

Jeux de grilles à quatre dimensions : les mystères filmiques de la création

Résumé : L’hypothèse de cette communication a été que le cinéma, art moderne du mouvement, a participé dans l’histoire de l’art à la coupure épistémologique qui a fondé selon Jean Clair (2000) la modernité dans l’art en introduisant dans les arts plastiques une quatrième dimension. Jean Clair situe ce basculement non pas avec l’arrivée du cubisme, mais dans la tradition maniériste, avec ses motifs et ses symboles, au moment précis où la vision anthropocentrique de la perspective et la représentation phénoménale des apparences a cédé la place à une vision théocentrique et la manifestation de l’essence des chose, lorsque, autrement dit, le point de fuite et le point de distance de la représentation perspectiviste du fond (le dallage) se sont effacés au profit de la planéité de la seule figure, caractérisée par la permanence des écarts (la grille), domaine du « géométral ». Suivant ce double postulat que la grille met à la fois en jeu la science et la croyance et projette en surface l’espace de l’art (Krauss, 1993) et que les migrations symboliques au cinéma de motifs picturaux, inspirés de l’Antiquité ou de la Bible, produisent un geste d’auteur qui relève le défi pictural de conjoindre le céleste et le terrestre, notamment selon Jacques Aumont (2002) dans les scènes d’Annonciation, nous proposons d’analyser la mise en scène de trois jeux de grilles dans des films issus de diverses cinématographies qui revisitent des thèmes antiques ou s’inscrivent dans le champ de l’exégèse biblique, afin de décliner les manifestations de cette quatrième dimension : le jeu d’échec entre la Mort et le Croisé dans Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman (1957) qui initient le mouvement d’une danse macabre ; le jeu de dames entre le notable destructeur, le professeur Ducasse, et l’écrivain Edgar dans Les Créatures d’Agnès Varda (1966) qui déclinent un motif récurrent dans l’œuvre de cette cinéaste, à savoir le mythe de l’Incarnation ; et enfin, le jeu de go entre le maître mathématicien et son disciple, Max Cohen, Icare que son hybris aveugle, ballotté entre le diktat des chiffres de la bourse et la foi cabalistique d’un mystique juif dans Pi de Darren Aronofsky (1998). J’ai montré à cette occasion dans quelle mesure ces jeux de grilles révèlent une conception du cinéma que chacun de ces cinéastes inscrit dans le champ de l’histoire de l’art en substituant à la grille le motif marin. Traversant la grille et soumis à un jeu de forces contraires, ce souffle de la quatrième dimension donne la mesure d’une subtile « contexture d’espace et de corps » (Thomas, 2019) qui fait vibrer la surface du cadre et plonge le spectateur dans un vertige interprétatif.
Document type :
Conference papers
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https://hal-univ-paris.archives-ouvertes.fr/hal-03252759
Contributor : Nathalie Mauffrey <>
Submitted on : Monday, June 7, 2021 - 8:28:11 PM
Last modification on : Thursday, June 10, 2021 - 10:50:02 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03252759, version 1

Citation

Nathalie Mauffrey. Jeux de grilles à quatre dimensions : les mystères filmiques de la création. Formes géométriques en fiction : damiers, grilles et cubes, du cinéma à la théorie de l’art, Barbara Le Maître; Jessie Martin; Joséphine Jibokji, Nov 2019, Lille, France. ⟨hal-03252759⟩

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