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L’esthétique de l’amour à l’adolescence et le « coup de foudre » du porno

Résumé : Si l'amour, dans ses discours, sa mythologie platonicienne, renvoie toujours à l'idée d'une totalité retrouvée dans un autre, une complétude achevée, la psychanalyse nous instruit de l'impossible de la retrouvaille avec cette unité perdue. L'amour, qui n'est pas cependant un mensonge, est le mot qui vient à la place de cet impossible. L'image « trompeuse » de l'autre aimé porte à la réalisation dans l'acte sexuel d'une jouissance qui contient le « vrai » d'une rencontre mais, en même temps, son insuffisance. Cette Inconciliable du désir et de l'amour situe pour Freud le régime de croisière de la psychosexualité la plus générale, « du plus général des rabaissements de la vie amoureuse », nous dit-il. La vie amoureuse des hommes, prise entre l'attraction inconsciente des objets infantiles incestueux et les objets « actuels » de leurs désirs est clivée entre, d'un côté, ce qui est aimé et donc préservé de la réalisation sexuelle (l'Amour comme idéal protégé rassemblant le complexe de la Mère interdite) et, de l'autre, ce qui est autorisé à être un objet de jouissance. Selon la belle formule de Freud, « là, où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer ». L'objet autorisé de la jouissance est ainsi rabaissé, « prostitutionnalisé », si j'ose ce néologisme, en opposition à l'objet aimé. « La femme chaste et insoupçonnable n'exerce jamais l'attrait qui l'élèverait au rang d'objet d'amour ; seule l'exerce la femme qui, d'une façon ou d'une autre, a une mauvaise réputation quant à sa vie sexuelle, celle dont on peut douter qu'elle soit fidèle ou digne de confiance. Certes, ce dernier caractère peut varier selon une large gamme depuis l'ombre légère sur la réputation d'une femme mariée qui ne répugne pas au flirt jusqu'à la conduite notoirement polygame d'une cocotte ou d'une artiste de l'amour ; de toute façon, les hommes qui appartiennent à notre type ne sauraient se passer de quelque chose de ce genre. On peut, en termes assez crus, appeler cette condition l'amour de la putain 2 ». L'idée que je développe est que le porno est le champ contemporain de cet enjeu en privilégiant la fiction de cet écart entre désir et amour, entre courant sensuel et courant tendre. Alors ! Non pas que le scénario porno dans sa lecture manifeste, et celui-ci ne voudrait précisément nous imposer que ce manifeste-là, nous laisse entrevoir une histoire d'amour (le genre érotique prétendant, lui, secourir l'amour), mais il pose la question de l'amour en l'excluant, en le masquant comme élément contraire aux conditions de l'excitation et du plaisir. Le couple amoureux suppose que le sexe n'est que l'effet du sentiment amoureux, Éric Bidaud, psychologue clinicien, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l'Université Paris 7 Diderot ; eric.r.bidaud@wanadoo.fr 1 Texte réécrit d'une intervention faite aux Journées d'Espace analytique, Penser le sexuel avec la psychanalyse, le 12 mars 2017. 2 S. Freud, « Un type particulier de choix d'objet chez l'homme » (1910), dans La vie sexuelle, Paris, Puf, 1973, p. 48-49.
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Contributor : Eric Bidaud <>
Submitted on : Tuesday, April 7, 2020 - 3:50:54 PM
Last modification on : Friday, October 2, 2020 - 3:28:31 AM

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FDP 35 - Article Eric Bidaud ...
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Eric Bidaud. L’esthétique de l’amour à l’adolescence et le « coup de foudre » du porno. Figures de la psychanalyse, ERES, 2018, pp.155-165. ⟨10.3917/fp.035.0155⟩. ⟨hal-02535403⟩

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